L'inconstance de Céphise... Paroles nomades...Les pêcheurs de sable...Les cendres du Nil...

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J’ai toujours ressenti un penchant irrésistible pour les aventures et les voyages, mais aucun enthousiasme pour la célébrité, les honneurs ou les petits éclats de gloire. J’ai très tôt eu la conscience de l’être apparu comme un essentiel et qu’aucun paraître ne pourrait jamais remplacer. À l’aube de ma soixantième année, je me souviens volontiers de mon grand-père qui me disait que pour les hommes d’énergie, passionnés d’art jusqu’à l’ivresse, avoir beaucoup vu et beaucoup souffert sont deux choses excellentes. J’avoue que sur ces deux points, j’ai été comblé. Il me reste aujourd’hui des traces et quelques cicatrices, des esquisses, des carnets de voyage saturés de dessins, d’aquarelles, de notes de musique et des fragments inégaux en longueur et en mérite appartenant à tous les genres littéraires. Je ne tiens pas plus à l’une de ces choses qu’à une autre, mais mes œuvres (souvent inachevées ou en constante révision) font pour moi un écho, une douce résonance, une manière de restituer parfois les étincelles sublimes qui jaillissent des êtres ou des lieux qui me sont chers ou que j’ai naguère connus.

 

J’ai séjourné longtemps dans bon nombre de pays dans les deux hémisphères et sur les cinq continents et habité de longues années dans plusieurs. Mon œuvre trahit souvent cette vie nomade, ces racines ténues, où beaucoup d’influences s’entrelacent en froissant son unité, mais en l’enrichissant sans cesse. Un creuset familial favorisé et quelques sages jésuites m’ont permis de fréquenter de grands maîtres. Beaucoup m’ont témoigné de l’intérêt, parfois de l’affection, d’aucuns une franche amitié, mais j’ai surtout appris des femmes, des voiliers, des musiciens anonymes si étonnamment marginaux et des villes traversées.

 

Je n’ai jamais débuté l’écriture d’une œuvre qu’en la calligraphiant, selon une vieille habitude à la plume et à l’encre de Chine sur un papier réglé à l’italienne. J’ai toujours trouvé mes idées en les empruntant à la nature, parfois aux émotions ressenties en écoutant les musiques lointaines. La littérature tient une grande place dans mon inspiration, la peinture aussi. Rien ne se fige jamais en moi, rien ne se grave dans la pierre. Les partitions mûrissent lentement, muent, changent de nomenclature. J’aime les hommes et les œuvres vraiment libres, et je compte parmi mes amis des gentilshommes de fortune et quelques ruffians ductiles. J’essaie que mes ouvrages leur ressemblent, empruntent leur romanesque, qu’elles parlent de contes prétendus, de légendes oubliées et parfois juste de la vie qui s’écoule inéluctablement en faisant écho à la mienne sans feintes ni fards. La simplicité engendre souvent le sublime. Je me sais bien volontiers misanthrope, pour autant, rien n’est plus cher à mes sens que d’entendre ma musique, car quand une œuvre n’est pas jouée elle perd cet immense charme de l’art éphémère, vivant, qui se mêle, hardi, à ce grand théâtre du monde.